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ثقافة La pièce "Min, Ila", premier prix du festival international du monodrame à Oujda: Pantomime pour raconter nos maux sans les mot

نشر في  04 نوفمبر 2024  (10:24)

La pièce Min, Ila vient d’obtenir le premier prix 2024, du festival international du monodrame à Oujda au Maroc. Produite par Crepuscule Prod, réalisée par Omar Hmani, et joué par deux Wissem Wassouma et Zied Ghnania. Retour sur la pièce de théâtre Min.. Ila, ici pas de dialogue, ni de monologue, le spectateur découvre un nouveau genre caractérisé par l’absence de la composante principale du quatrième art, le texte. C’est ce qu’on imaginait nécessaire à notre insu.

Une pièce sans aucune parole audible, avec juste parfois, des balbutiements que le public tente et essaye de reconnaître, une manière pour se fixer les idées. Il s’agit ici, de se rassurer comme celui descendant d’un bateau qui tangue pose enfin un pied à terre. La pièce dérange, le silence engendre une sorte de malaise, car, les non-dits suggèrent tant d’ambiguïté.

La pantomime, c’est la technique adoptée, pour la pièce Min… Ila un choix judicieux, c’est un langage universel, compréhensible et accessible par tous grands et petits. Ici, tout un chacun se trouve libre de créer et de placer des mots sur les gestes, c’est le théâtre du mouvement et du silence. Les scènes retenues se fixent dans les mémoires par-delà les mots. Car, les phrases ne portent-elles pas toujours ce genre de décharges, celle qui déclenche un retour vers le passé.

La pantomime est un art qui transporte dans un passé vécu par chacun. Tout le corps devient paroles, et comme dans un miroir chacun y voit sa propre image. C’est notre passé qui s’exhume d’un néant qu’on croit à jamais effacé. La pièce se résume en deux personnages qui émergent d’un noir profond, tantôt englouti, tantôt réapparaissant dans une sorte de monologue silencieux. Il semble qu’ils sont régurgités par un monstre invisible qui se plaît à nous offrir cet homme et ce bébé, pour une exhibition bien souvent intime et secrète.

Les personnages se métamorphosent devant nous. C’est l’histoire d’une vie, doit-on la comprendre ainsi… Un enfant naturel dont le père ne cesse de suivre la croissance sans pourtant oser prendre ses droits et par la même occasion ses devoirs. Une relation en quadrature retard. Une mère invisible substituée par un père qui accompagne son enfant, dans une course d’obstacles. Une focalisation sur ces personnages sans artifices, sans décor, où le spectateur n’est nullement passif, il se voit là, acculer à mettre des phrases et des répliques, pour s’approprier la trame originelle et la modifier selon sa propre vision des choses de la vie.

L’histoire de cet enfant qui le temps d’une pièce franchit les années porteuses d’émotions, un vécu implacable ou personne n’y échappe, il semble même que des soupirs montent du fond de la salle, sombre elle aussi. La scène est un espace obscur ne dévoilant que les personnages sans aucun voile, avec juste une lumière crue, qui accentue les traits de leurs visages.

L’enfant est en quête d’un être de confiance, en l’occurrence, un père, le père, or, ses états oscillent entre tristesse et des phases jubilatoires, en rapport avec les apparitions sur scène de cet Homme. Elle se trouve bien malgré elle dans un carré dessiné sur le plancher un trait blanc infranchissable. Impuissante, elle appelle à l’aide, sa détresse traverse la scène et va au-devant d’un public, tel un happening, un bref un instant le doute vient habiter le public, il partage son émotion et tous ces sentiments qui jonchent le plancher de la scène, tel des feuilles mortes. L’enfant, quant à elle, continue à évoluer malgré sa naïveté face aux imprévus, malgré ses gesticulations et ses essais, elle est toujours dans une réaction, elle n’est pas l’instigatrice de son destin qui semble tout tracé, par contre l’homme est maître à bord.

La musique est choisie, en harmonie avec le thème, expressive, intense sans se défaire de cette ambiance secrète et pathétique. Une horloge invisible sonne les heures et vient rappeler que le temps est éphémère et appuie l’idée de la gravité de chaque instant d’une vie.

De l’autre côté de la scène, le spectateur assiste à ce temps apocalyptique. L’imaginaire de chacun s’en va quérir dans sa propre mémoire un souvenir ne serait-ce qu’un lointain moment de sa prime enfance. Une pièce qui en dit long sur nos vies. La pièce Min Ila se voit comme une leçon de vie, une réflexion sur le passé, le présent et le futur de chacun de nous.

Houbeb Khéchine- Novembre 2024